Prohibition, traitements, réformes : 5 dates clés sur la politique des drogues en Norvège
Alors que la Norvège a adopté en juin 2025 une réforme pour pénaliser moins sévèrement les consommateurs, retour sur les échéances marquantes qui ont jalonné le tracé irrégulier de la politique des drogues du pays.

1968 : Criminalisation des drogues
Avant cette date, la consommation de drogues est encore limitée et considérée surtout comme une question médicale, avec des sanctions relativement faibles (2 ans de prison maximum). Mais en 1968, la Norvège s’empare de cette question avec un paradigme juridique : les drogues sont un problème criminel et doivent être plus sévèrement punies. Grâce à une nouvelle loi, les infractions les plus graves liées à la drogue (trafic) sont désormais sanctionnées d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 6 ans. Alors qu’aucune sanction de la sorte n’est prononcée par un tribunal norvégien, cette peine atteint 10 ans en 1972, 15 ans en 1981, avant de plafonner à 21 ans en cas de circonstances aggravantes en 1984, soit la peine maximale du droit pénal norvégien. Le virage pris en 1968, de la prohibition du marché de la drogue, est toujours la ligne directrice de la Norvège.
1998 : La méthadone, premier pas vers un traitement médical des consommateurs
C’est en 1998 que débute le traitement par méthadone en Norvège. Ce substitut de l’héroïne vise à stabiliser l’addiction en réduisant drastiquement l’effet euphorisant de l’héroïne, même consommée par-dessus la méthadone. Cette autorisation intervient 3 ans après la France, et 26 ans après les États-Unis, premier pays à le légaliser. En Norvège, les overdoses mortelles, alors largement issues de la consommation d’héroïne, ne baissent pas instantanément, atteignent même un pic entre 2000 et 2001 de 400 morts par an. Mais l’augmentation du nombre de traitements infléchit finalement cette courbe.
“Il y a eu des morts à cause de la méthadone, car certains la consommaient de manière problématique. Mais on sait que donner de la méthadone a un bien meilleur bilan que de ne rien faire”, explique Thomas Clausen, qui dirige le centre norvégien de recherche sur les addictions (SERAF). Aujourd’hui, 8 500 personnes sont sous traitement par méthadone en Norvège, soit 85% des consommateurs d’héroïne et 37 personnes sont décédées à cause de cette substance en 2023 selon le SERAF. “Les morts à cause de l’héroïne ne sont plus le principal problème en Norvège, grâce au traitement. Mais maintenant, les opioïdes et les opioïdes synthétiques sont en train de dominer le marché”, éclaire Thomas Clausen sur les 391 overdoses mortelles en 2023, toutes drogues confondues, l’un des plus hauts chiffres d’Europe.
2005 : Première “salle de shoot”
Une “salle de shoot” s’installe pour la première fois en Norvège, 19 ans après la première mondiale en Suisse qui a divisé le nombre de décès par overdose par deux dans le pays. Oslo s’inspire des salles de consommation supervisées allemandes, néerlandaises, espagnoles, canadiennes et australiennes. En plus de distribuer des kits propres pour limiter la transmission de virus, ces salles d’injection réintègrent des patients dans le soin et apaisent l’espace public. Après la capitale norvégienne, la ville de Bergen s’est dotée d’une salle d’injection en 2016. Elles ne sont plus en phase d’expérimentation, contrairement à celles de Paris et Strasbourg, renouvelées jusqu’en 2027.
2021 : Une dépénalisation de toutes les drogues tombe à l’eau
En 2021, le gouvernement de centre droit élabore un projet de loi portant sur la dépénalisation des drogues dans le pays, pour ce qui serait l’une des politiques les plus libérales du monde en la matière. Après plusieurs mois d'examen et de débats à l’Assemblée, la réforme est rejetée en juin, du fait d’une coalition du parti du centre, du parti du progrès (droite radicale) et du parti travailliste, le plus important du pays. Ce refus n’a pas empêché de poser les bases d’une nouvelle législation finalement adoptée quatre ans plus tard : une pénalisation moins sévère des consommateurs de drogues pour privilégier la prise en charge médicale.
2022 : De l’héroïne financée par l'État dans le cadre d’un programme de soins
Dans la lignée d’une nouvelle législation vis-à-vis des drogues, un projet pilote est lancé par le gouvernement – désormais travailliste – en janvier 2022 : le traitement assisté par héroïne. Ce programme, implanté à Oslo et à Bergen au moins jusqu’au 31 décembre 2026, permet à une centaine de patients d’avoir accès à de l’héroïne deux fois par jour, tous les jours, dans un centre spécialisé. Le but ? Réinsérer dans la société ces personnes souffrant d’un trouble sévère lié à leur addiction en permettant, pour certains, de ne plus avoir recours à des activités illégales (deal, prostitution) pour se procurer leur héroïne. Pour financer la soixantaine de travailleurs sociaux et professionnels de santé ainsi que l’héroïne (produite en Océanie, fabriquée en Suisse) et le matériel de santé, 34 millions d’euros ont été investis, soit 68 000 euros par année et par patient.
Nathan Beaufils.